SUR L’EMPRISE

Thérapeute spécialiste dans l’aide contre toutes les formes d’emprise, Maude Julien est très impliquée dans ce combat. Forte de son propre vécu, dont elle a témoigné dans l’ouvrage « Derrière la grille », et de son expérience professionnelle avec ses patients depuis 20 ans, elle mène des recherches sur le fonctionnement de l’emprise, comment la relation s’installe et se développe, les conséquences sur les victimes et surtout sur la façon d’en sortir, et de se reconstruire.


L’emprise est la relation entre un prédateur – l’ogre – et sa victime.

Pour le prédateur, seul compte son propre monde mental, ses croyances, ses besoins, ses désirs. Les autres ne sont que des instruments ou des obstacles.

Le piège de l’emprise se crée quand un prédateur rencontre une victime. Il lui fait croire qu’il est l’amour incarné et prend peu à peu possession d’elle, tandis qu’elle s’attache à lui et se trouve finalement ligotée par ce lien d’attachement. Le prédateur la traite alors comme un objet méprisable, qui n’a de valeur qu’à travers lui. Le piège se referme quand la victime commence à adhérer à cette image dégradée d’elle-même. La voie est libre pour sa destruction, qu’il mène systématiquement et sur tous les plans : physique, intellectuel, relationnel, social.

L’ogre dévore le droit à l’intimité de sa victime. Il insiste sur le fait qu’il sait mieux que personne « ce qui est bon pour elle ». Il fait naître chez elle un sentiment de culpabilité (« avec tout ce que je fais pour toi… »), qui va se transformer en sentiment de honte (« je ne suis pas à la hauteur, je suis méprisable »). Peu à peu l’identité de la victime s’efface, le prédateur crée et fait partager une vision déformée du monde qui oppose « nous » et « les autres ».

La victime est déresponsabilisée, enfermée dans un figement qui ne lui permet plus d’accéder à ses propres pensées et émotions. Parfois ce traumatisme conduit la victime à finalement s’identifier à son prédateur, il se met à faire partie d’elle, dans un phénomène que l’on peut comparer au syndrome de Stockholm.

On dit de l’emprise que c’est un meurtre psychique. Et c’est aussi un crime parfait, rarement dénoncé, encore plus rarement puni. Ce qui rend son évaluation chiffrée extrêmement compliquée. Tout juste pouvons-nous observer que c’est un phénomène fréquent.

La secte est l’exemple parfait de la relation d’emprise. Mais on la trouve dans bien d’autres cadres : en entreprise, en couple, en famille, dans les relations avec des personnes censées être soignantes. A certains moments de la vie, nous sommes tous susceptibles d’être vulnérables.

Sortir de l’emprise passe par la fissuration du modèle imposé par le prédateur. C’est en créant des petites brèches dans le système, en instaurant le doute et les prémices d’une évasion de pensée que l’on pourra retrouver le chemin de la liberté. Et que pourra débuter le travail de reconstruction et de reconquête de l’estime de soi.

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