Films

Colonia – film de Florian Gallenberger – 2016

Ce film, basé sur l’histoire vraie de la Colonie Dignidad, se déroule au Chili en 1973, lorsque Pinochet s’empare du pouvoir. Un jeune couple, Daniel (interprété par Daniel Brûhl) et Léna (interprétée par Emma Watson), se trouve parmi les opposants qui manifestent contre la terrible répression qui suit le coup d’état.

Daniel est arrêté par la nouvelle police politique et est emmené dans un camp secret, la tristement célèbre Colonie Dignidad, colonie agricole sectaire, qui servait aussi de prison et de lieu de torture. Une prison, dont en 40 ans, seules 5 personnes ont réussi à s’évader… Léna, ne réussissant pas à obtenir l’aide des militants, décide de tout faire pour aider Daniel, et va réussir à intégrer la Colonie Dignidad dans l’espoir de le retrouver.

Nous découvrons alors cette Colonie Dignidad, camp secret à l’organisation sectaire tenu par un ancien nazi, dont l’obédience à la religion catholique cache en fait un système d’exploitation des individus. Ceux-ci sont séparés en trois groupes (hommes, femmes et enfants), et la communication entre ces trois groupes est formellement interdite. Cette situation de séparation et d’enfermement permet au prêtre-gourou, Paul Schäfer (interprété par  Michael Nyquist), d’y faire régner sa loi, avec l’appui des gardiens et des gardiennes qui lui sont dévolus. Tout est planifié, organisé, et les règles sont extrêmement strictes.

Tout au long du film nous découvrons en même temps que Léna, de plus en plus horrifiée, le mécanisme d’oppression et d’enfermement vécu par les personnes vivant à la Colonie, et subissant des sévices de toutes sortes : soumission féminine au « gourou », pédophilie, et multiples expériences de « destruction » psychologique. Les sous-sols sont quant à eux équipés de matériel sophistiqué, servant aux expériences de torture physique.

Ce film, qui restitue le quotidien et l’horreur de la vie au sein de cette Colonie, nous montre les mécanismes mis en œuvre pour entraîner la destruction psychologique et physique d’un individu. En le regardant, rappelons-nous que tout cela a bien existé dans un passé proche… Et que bon nombre des victimes restent aujourd’hui encore sous le choc de leurs traumatismes.


L’éducation de Rita – film de Lewis Gordon – 1983

Rita, une jeune coiffeuse de 27 ans, issue d’un milieu simple, décide un jour de se créer une éducation. Elle s’inscrit à un cours du soir de littérature anglaise à l’université. Son professeur, Frank Bryant, est un poète qui a perdu ses illusions tant artistiques que sur le milieu universitaire et essaie d’oublier son quotidien en s’imbibant d’alcool.
Rita doit se battre contre la réaction hostile de son mari et de son père qui n’attendent d’elle qu’une chose : qu’elle ait enfin un enfant après six ans de mariage. Le jour où son mari, étroit d’esprit et possessif, n’en peut plus de voir ses livres et les brûle, Rita, dépitée, demande à son professeur : « Mais il croit quoi ? Que je m’envoie Tchékov ? ».
Un soir, dans un pub, Rita s’aperçoit que sa mère elle aussi se demande s’il n’y a pas autre chose à vivre. « Il doit bien y avoir autre chose à chanter… » remarque tristement sa mère alors que tout le pub chante à tue-tête des chansons ringardes…
On assiste au décalage de vocabulaire et aux quiproquos des réponses de Rita par rapport aux autres étudiants, « formatés » aux études, puis à l’émerveillement de Rita à chaque fois qu’elle « rencontre » de nouveaux poètes comme William Blake.
L’accès à la culture va lui ouvrir de nouvelles possibilités, de nouveaux choix. Elle verra aussi qu’être cultivée ne garantit pas une vie heureuse. Très admirative d’une colocataire extrêmement cultivée et fan de Malher, elle ne comprend pas que celle-ci fasse une tentative de suicide… d’autant que sa co-locataire passait son temps à choisir des aliments bons pour la santé ! Avec son bon sens profond, Rita reste perplexe devant ce paradoxe.
En bref, c’est un merveilleux film à la fois loufoque et qui brille par sa sensibilité et son humanité. Rita nous montre que la connaissance ouvre de nouvelles portes. Même si la curiosité a un certain prix. La magie de ce film réside aussi dans la façon dont Rita, un peu grâce à son prof, échappe au formatage des autres étudiants. Mais elle reste elle-même enrichie de sa nouvelle capacité de penser grâce à la culture.


 

Les nuits avec mon ennemi – film de Joseph Ruben – 1999

Le début du film montre l’installation du mécanisme de séduction et comment le « prédateur » passe de la séduction à la maltraitance. Laura, jouée par Julia Roberts, arrive à briser l’emprise de son mari en reconnaissant d’abord qu’elle a été dupée, et que le mythe du prince charmant installé par son prédateur n’existe pas. Alors qu’il prétend l’aimer, en fait ne comptent pour lui que ses obsessions, ses désirs, ses pulsions.
La façon dont elle prépare son évasion est remarquable : en prenant d’abord en cachette des cours de natation tout en lui faisant croire qu’elle ne sait toujours pas nager. Un sac est prêt pour le jour où l’occasion se présentera. La simple préparation de son évasion l’aide déjà à quitter sa soumission mentale.
Pendant sa fuite, Laura rencontre une dame âgée dans un car et, raconte comment le piège s’est refermé… sur « son amie » : elle a trop honte pour oser avouer qu’il s’agit d’elle.
On voit aussi comment, bien après son évasion, Laura conserve le filtre de peur qui s’est imprimé durant sa vie de couple, comme si son mental restait marqué au fer rouge par ce qu’elle avait subi.
Le film nous montre également qu’il ne faut pas sous estimer la détermination obsessionnelle et perverse du prédateur, capable d’aller très loin pour empêcher sa proie de lui échapper.


 

Le village – film de M. Night Shyamalan – 2004 

M. Night Shyamalan met en scène une communauté rurale vivant à la fois dans le confort et dans la peur. Ce « village » est isolé du reste du monde par une forêt hostile peuplée de terribles créatures, une forêt qui à la fois menace et protège. En effet, une frontière sépare le village de la forêt : si aucun habitant ne la franchit dans un sens, aucune créature ne la franchira dans l’autre sens. Jusqu’au jour où une jeune fille aveugle décide de traverser cette forêt maléfique pour rapporter un remède au garçon qu’elle aime. Le fait d’être aveugle va paradoxalement l’aider : elle ne peut pas avoir peur de ce qu’elle ne voit pas…
On découvre qu’en fait ce sont les doyens du village qui ont peuplé le bois de créatures maléfiques afin d’empêcher les habitants de s’en aller. Le but : continuer à vivre coupés du monde, comme il y a deux siècles, espérant protéger leurs enfants de « l’horrible nature de l’être humain ». Ils se déguisent donc, se faisant passer pour des créatures agressives qui guettent la moindre intrusion. Personne ne peut se rendre compte qu’il existe de l’autre côté un monde différent, régi par d’autres règles de vie.
Ce film montre à quel point l’être humain peut être influencé, dès lors qu’il est en présence de gens en qui il a confiance. Car finalement, les chefs du village ont réussi à instaurer un climat d’angoisse, jusqu’à rendre les habitants incapables d’imaginer s’aventurer au-dehors. Seule l’aveugle guidée par l’amour pourra franchir la frontière invisible des terreurs indicibles. Son handicap lui permet de voir au-delà des apparences le chemin de la libération.