Jacqueline Sauvage grâciée

Le 28 décembre dernier, François Hollande a accordé à Jacqueline Sauvage « une remise gracieuse du reliquat de sa peine d’emprisonnement », mettant « fin immédiatement à sa détention ». Jacqueline Sauvage est donc libre : elle est désormais sortie de prison.

C’est l’épilogue d’un feuilleton judiciaire aux multiples rebondissements, et qui a cristallisé de nombreux débats autour des violences conjugales.

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Cette décision a suscité de multiples réactions. Certains magistrats ont dénoncé ce qu’ils considèrent comme une atteinte à l’indépendance de la justice – alors qu’une grâce partielle avait déjà été accordée un an auparavant, et que les magistrats avaient refusé la demande de libération conditionnelle effectuée ensuite.

Mais beaucoup saluent cette liberté retrouvée, pour une femme qui avait subi 47 années d’emprise et de violences conjugales, avant de finir par tuer son mari en 2012. La secrétaire d’État chargée de l’aide aux victimes, Juliette Méadel, considère pour sa part cette grâce comme « un message politique fort pour que nous continuions à lutter contre ces violences et que les femmes se sentent légitimes à porter plainte ».

Luc Frémiot, avocat général près la cour d’appel de Douai, qui avait plaidé pour l’acquittement d’Alexandra Lange – une autre victime de violences conjugales qui avait tué son époux, a défendu la décision de François Hollande de grâcier Jacqueline Sauvage, en expliquant que « Ce n’est pas le droit qui doit évoluer, ce sont les consciences ». Pour lui, « il faut prendre conscience d’un phénomène de société qui est un véritable fléau, qui crée des problèmes dans l’avenir puisque les enfants assistent à ces violences et deviennent la plupart du temps des victimes ou des auteurs ».

La porte-parole du parti Les Républicains, Valérie Boyer, a rappelé son souhait de voir la notion d’emprise définie dans le droit français : « Mme Sauvage subissait dans sa famille une emprise, explique-t-elle. Cette emprise, ça provoque une altération du jugement, c’est cette altération du jugement qui a pu conduire Mme Sauvage à tirer sur son mari violent et surtout à ne pas agir, comme le lui a reproché la justice, puisque la justice lui a reproché de ne pas avoir déposé plainte, etc. Mais quand on est sous emprise, on ne peut pas ».

Souhaitons à Jacqueline Sauvage de pouvoir se reconstruire, et espérons que cette affaire aura une conséquence positive : celle de permettre au droit français de se pencher sérieusement sur le problème des violences conjugales, pour mieux protéger les victimes, et empêcher le passage à l’acte avant qu’il ne soit trop tard… Car Jacqueline Sauvage n’est pas un cas isolé, et d’autres drames du même ordre continuent à se jouer.