Les reclus de Montflanquin : une histoire d’emprise…

Début avril, France 3 a diffusé le téléfilm « Diabolique », inspiré de l’histoire des « reclus de Montflanquin ». L’occasion de revenir sur cette affaire d’emprise et de manipulation, dont ont été victimes plusieurs membres d’une famille aristocrate.

En 2009, Ghislaine de Védrines fait la rencontre de Thierry Tilly. L’homme est charismatique et séducteur. Il prend le temps de gagner sa confiance, et de faire connaissance avec les membres de sa famille. Il raconte qu’il est agent secret, et qu’un complot les menace. Il se présente en protecteur, et réussit à placer sous son emprise 11 des membres de cette famille. Convaincus qu’ils sont effectivement menacés, ils finissent par se terrer en 2001 dans le château de Montflanquin. En 2009, ils rejoignent leur gourou en Angleterre, où il s’est installé. C’est à ce moment-là qu’une de ses victimes se libère, et porte plainte en France. La machine judiciaire se met en marche, et Thierry Tilly est condamné en 2013, en appel, à 10 ans de prison. Entre 2001 et 2009, ils lui ont cédé tous leurs biens, et ont vendu jusqu’au château.

Plusieurs membres de la famille Védrines ont depuis témoigné sur l’enfer qu’ils ont vécu, et sur les méthodes utilisés par Thierry Tilly pour les placer sous sa coupe. Ghislaine de Védrines raconte ainsi comment l’homme a su exploiter un moment de faiblesse au cours de sa vie, et se rendre petit à petit indispensable. Il disait à chacun ce qu’il voulait entendre, divisait pour mieux régner, et diabolisait ceux qui n’adhérait pas à son modèle. C’est ainsi qu’il a réussi à convaincre Ghislaine de Védrines de mettre à la porte son mari, qui s’est toujours méfié de lui. Le gourou donnait des ordres qu’il fallait exécuter dans l’instant, privant ses victimes de toute prise de recul ou de réflexe de réflexion, les anesthésiant par des menaces et une pression permanentes. Ghislaine de Védrines parle d’un « pistolet psychologique sur la tempe » et explique que les membres de la famille étaient « pris dans les filets d’un prédateur ».

Marie-France Hirigoyen, qui a participé au débat « Comment échapper aux manipulateurs » diffusé à la suite du téléfilm « Diabolique », aux côtés notamment de Ghislaine de Védrines et de Jean Marchand, son mari, explique commence ces prédateurs « tissent leur toile », repèrent les failles de leurs victimes pour y entrer, et les terrifient en alternant séduction et menaces.

Aujourd’hui libérés de l’emprise de Thierry Tilly, ses victimes expliquent avoir perdu beaucoup dans cette affaire : leurs biens pour commencer, mais aussi et surtout 10 ans de leur vie… Ghislaine de Védrines, qui a aujourd’hui retrouvé son mari, raconte quant à elle que si « l’insouciance revient par moment », « une ombre plane, toujours là »…

Jean Marchand, victime de la stratégie d’écartement de Thierry Tilly et qui a assisté à cette prise de pouvoir sur ses proches, a toujours lutté pour les sortir de cette emprise : « Forcément, on est parfois découragé, en colère aussi. Il est impossible d’abandonner sa famille dans un tel enfer », a-t-il témoigné.

Dans ce genre de situation, il est important de noter que les proches peuvent « craqueler » le modèle du gourou en restant présents, sans juger, ni l’attaquer frontalement – car ils s’exposeraient à un rejet pur et simple. L’envoi d’une carte, un appel bienveillant… sont autant de signaux qui peuvent petit à petit aider les victimes à sortir de l’isolement mental dont ils sont victimes.

Saluons pour finir le courage des victimes qui témoignent après avoir vécu une situation d’emprise. Elles permettent d’aider les autres victimes, et leurs proches, et montrent que cela peut arriver à chacun d’entre nous. C’est bien pourquoi la honte ne doit pas les museler…