L’affaire Sylvie Leclerc

Dans le sillage des affaires Jacqueline Sauvage et Bernadette Dimet, le procès de Sylvie Leclerc s’est ouvert le lundi 21 mars. Cette femme est jugée pour le meurtre de son mari, qu’elle a tué en 2012 d’un coup de fusil, alors qu’il dormait.

Défendue par Mes Tomasini et Bonaggiunta, spécialistes des violences conjugales et avocates de Jacqueline Sauvage (et d’Alexandra Lange), Sylvie Leclerc a expliqué avoir entendu « des voix » le jour du meurtre, lui demandant de tuer son époux, « pour être tranquille, libre ».  Elle affirme avoir subi des années de violences conjugales de sa part, et ne voyait pas d’autre issue pour sortir de son emprise.

« Nous travaillons avec une psychiatre pour qu’elle puisse intervenir durant les débats afin d’expliquer ce qu’est l’emprise psychologique. Il faut que les jurés comprennent que Sylvie Leclerc a été victime de ce que les canadiens appellent le « syndrome de la femme battue » », ont expliqué ses avocates.

Mais les experts appelés au procès ont plutôt souligné la relation complexe qu’entretenaient Sylvie Leclerc et son époux, ou ont évoqué le syndrome de Stockholm. La cour a finalement estimé que le discernement de l’accusée n’avait pas été « aboli », mais seulement « altéré » au moment du meurtre, et l’a condamnée à 9 ans de prison.

Pour Mes Tomasini et Bonaggiunta , « La cour n’a en réalité pas du tout reconnu le phénomène d’emprise dont était victime notre cliente. Certains ont parlé de « conjugopathie », de « couple dysfonctionnel », mais sans voir que la première victime dans cette affaire, c’était Sylvie Leclerc. Une femme extrêmement vulnérable, sous totale domination, et qu’aucun médecin n’a jamais aidé, quand elle s’est présentée par exemple avec des traces de strangulation, ou quand elle a dit qu’elle songeait à tuer son mari… »

Une affaire qui révèle encore une fois la complexité des phénomènes d’emprise, mais aussi les difficultés que l’on peut avoir à distinguer ce qui relève de l’emprise d’un individu sur un autre, de ce qui relève de la co-construction d’une relation pathologique et destructrice. Tout comme elle met en lumière les difficultés qu’a la société à réagir avant que les drames ne se produisent…