Les violences conjugales et l’emprise au coeur du débat public

L’affaire Jacqueline Sauvage, dont nous avons déjà parlé à plusieurs reprises ici, a remis sous le feu des projecteurs, et au coeur du débat public, la question des violences conjugales, de la protection des victimes, du concept de légitime défense… et de l’emprise.

Ces faits divers, qui choquent et qui émeuvent, illustrent le fonctionnement, le mécanisme et les terribles conséquences du phénomène d’emprise, qui paralyse les victimes, jusqu’à, dans ces cas extrêmes, les conduire à devenir bourreau elles-mêmes. Parce qu’elles n’ont pas su, pas pu, se libérer autrement.

Jacqueline Sauvage, dans une interview donnée au Nouvel Obs après l’annonce de sa grâce partielle, parle de la « violence perpétuelle » exercée par son mari, du « chantage sentimental » qu’elle subissait. Si elle dit regretter son geste, elle explique aussi qu’elle était « dans une situation où [elle] ne voyai[t] plus d’issue pour sauver [son] existence« , et qu’elle avait « très peur pour [elle] et [s]es enfants« . « Devenue un symbole sans le vouloir« , elle constate au travers des courriers et des soutiens qu’elle reçoit que « beaucoup de femmes se reconnaissent dans cette histoire« .

L’affaire Jacqueline Sauvage était encore au coeur de l’actualité, quand s’est tenu le procès de Bernadette Dimet, début février. Cette femme était jugée pour le meurtre de son mari, qu’elle avait abattu d’un coup de fusil, après des années de violences conjugales, et une vie parsemée de violences sexuelles et de drames familiaux. Le terme d’emprise a là encore été utilisé au procès. L’avocat général, Thérèse Brunisso, qui soutient que Bernadette Dimet « avait objectivement les moyens de le fuir autrement« , a toutefois reconnu que « l’emprise mentale de Bernard Bert l’a conduite à penser que la seule façon de sortir de sa “prison”, c’était de l’éliminer, lui. Autrement, c’est elle qui finirait par être tuée« . Bernadette Dimet a été condamnée à 5 ans de prison avec sursis, pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. L’homicide volontaire n’a pas été reconnu.

La sphère médiatique et le débat public restent secoués par ces affaires. La sphère politique s’en préoccupe également de plus en plus… Le sénateur André Trillard a posé une question au Ministère de la Justice, soulignant que « l’application de la loi n° 2010-769 du 9 juillet 2010 relative aux violences faites spécifiquement aux femmes, aux violences au sein des couples et aux incidences de ces dernières sur les enfants ne s’applique pas dans toute sa rigueur« . Il cite l’affaire Jacqueline Sauvage, qui  a « démontré – s’il en est besoin – que rares sont les cas dans lesquels la victime de violences conjugales arrive à se défaire de l’emprise exercée par son bourreau et que c’est cet état de terreur ou de sidération qui peut conduire à des comportements extrêmes, tels le suicide ou l’homicide« . Et il demande au garde des sceaux de « bien vouloir lui confirmer son intention de donner à ses services les instructions nécessaires pour que les dispositions de la loi s’effectuent avec la plus grande fermeté« .

Par ailleurs, un rapport a été déposé par la délégation de l’Assemblée nationale aux droits des femmes et à l’égalité des chances entre les hommes et les femmes sur les violences faites aux femmes le 17 février dernier (il n’est pas encore en ligne). D’après la dépêche AFP, il « recommande de mieux prendre en compte le phénomène d’emprise que peuvent subir les femmes victimes de violences, sans toutefois modifier le régime de légitime défense dans le code pénal« .

Autant d’initiatives, de réflexions, et de dossiers à suivre de près…