Jacqueline Sauvage : l’appel… et le combat

Le tribunal de Blois, qui a jugé en appel Jacqueline Sauvage, a rendu son verdict le 4 décembre dernier. Les 10 ans de réclusion auxquels a été condamnée cette femme, qui avait abattu son mari de 3 coups de fusil en 2012 après avoir subi plus de 40 années de violences conjugales, ont été confirmés.

« Aux violences de son mari, elle aurait dû répondre par un acte proportionné, immédiat et nécessaire », a argumenté Frédéric Chevallier, l’avocat général, refusant de considérer la légitime défense comme un argument soutenable.  Jacqueline Sauvage a été battue et violée par son époux pendant 47 ans. Ses enfants – qui la soutiennent et se tiennent à ses côtés durant son combat judiciaire – ont subi les mêmes violences. Son fils s’était suicidé la veille du drame… Que pourrait donc être un « acte proportionné » dans ces circonstances ? Comment peut-on reprocher à une femme qui a subi une telle emprise, si longue, si violente, de n’avoir pas su dénoncer, partir… alors que l’on sait que justement, l’emprise est paralysante ? Son mari « la dominait complètement. Elle était devenue sa chose. Elle était sous son emprise »,  a pourtant bien expliqué l’une de ses avocates.

Une forte indignation publique s’est exprimée après ce verdict, qui porte un coup à la défense et la protection des femmes battues – comme l’explique très bien cet article publié sur Francetvinfo. Une pétition mise en ligne sur Change.org et baptisée « François Hollande, accordez la grâce présidentielle à Jacqueline Sauvage », recueille à ce jour plus de 115 000 signatures. Un rassemblement a eu lieu samedi dernier à Paris pour réclamer cette grâce.

Les avocates de Jacqueline Sauvage, Me Janine Bonaggiunta et Me Nathalie Tomasini, sont celles qui avaient défendu Alexandra Lange, la première femme à avoir été acquittée, en appel, après avoir tué son mari qui la battait. Elles soutiennent aujourd’hui la demande de grâce présidentielle qui a émané de la société civile. Mais elles demandent également une « redéfinition de la légitime défense, pour qu’elle prenne en compte, comme au Canada, l’état post-traumatique des femmes victimes de violences conjugales ». Un combat qui n’est pas encore gagné… Mais qui permettrait sans doute de redessiner les contours d’une justice plus humaine, dans ce genre d’affaires.